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Rubens et son héritage: Sensation et Sensualité

Rubens - La chasse au tigre, au lion et au léopard

Rubens – La chasse au tigre, au lion et au léopard

Comme vous avez pu le voir dans mon dernier article consacré à l’exposition Peintures de Sienne, j’attendais depuis longtemps d’avoir l’occasion de visiter une autre expo, tout aussi prometteuse et également proposée par Bozar, j’ai nommé « Sensation et Sensualité, Rubens et son héritage ». Il est vrai que j’aurais préféré pouvoir m’y rendre dès son ouverture pour vous offrir un compte-rendu rapide (voire inédit !) mais, budget étudiant oblige, je n’ai pu la visiter qu’avant-hier.

Premier dilemme lorsque je franchis la porte de Bozar : audioguide ou pas audioguide ? Pour 3€ de plus, le public peut utiliser un dispositif interactif et tactile, qui lui permet d’avoir une vision et une compréhension plus étendues de chaque tableau. Nous étions deux, la question a donc vite été tranchée : mon accompagnatrice* prendra l’audioguide, et moi, comme d’habitude, me chargerai de prendre des notes et de flâner à mon propre rythme.

 L’exposition Rubens et son héritage s’articule autour de six thèmes qui ont été abondamment exploités par le maître flamand :

. La violence : des scènes de chasse, de rapt, l’étude des corps et de leur expressivité ;

. Le pouvoir : la propagande, la mythologie, le double-sens ;

. La luxure : personnages féminins, déesses, concepts allégoriques ;

. La compassion : les tableaux religieux et l’influence sur la peinture baroque espagnole ;

. L’élégance : portraits de personnages de la haute société génoise ;

. La poésie : étude des phénomènes naturels, danses villageoises et détails libertins ;

+ J’ai trouvé que l’idée de diviser l’exposition en six parties distinctes était très originale, cohérente et bien conduite. Les tableaux ont été choisis avec beaucoup de précaution et sont, tout comme dans l’exposition Peintures de Sienne, très bien mis en valeur. J’ai également aimé l’idée de consacrer l’exposition non seulement à Rubens mais aussi à son héritage, ce qui a renforcé le côté pédagogique de ma visite puisque j’ai pu découvrir des peintres que je ne connaissais pas bien, et qui ont inévitablement subi l’influence de Pierre Paul Rubens. Quelques exemples: Thomas Gainsborough, Honoré Daumier, Charles Le Brun, Pierre Soutman et bien d’autres encore.

Rubens - Venus frigida

Rubens – Venus frigida

Tout comme pour Peintures de Sienne, j’ai vraiment très peu à redire sur cette expo. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir manqué beaucoup de choses sans l’audioguide, même si je pense que ça reste très intéressant de combiner culture et technologie. Par contre, je pense que pour certaines personnes, l’usage de ce genre de dispositif n’est pas forcément très intuitif, et peut ralentir très fortement la visite. Je pense – et mon accompagnatrice m’a confirmé cela – qu’il serait intéressant de visiter deux fois l’exposition, une fois avec audioguide et une fois sans, mais bien sûr il faut pouvoir se le permettre.

La seconde petite remarque que je ferais, est de ne pas se laisser induire en erreur par le fait que l’exposition semble être intégralement consacrée à Rubens. En effet, le titre de l’exposition est bien Rubens et son héritage, et ceux qui n’auraient pas suffisamment prêté attention à ce détail risquent d’être déçus par la « faible » quantité de tableaux de Rubens, proportionnellement au reste. Je tiens tout de même à souligner que ça reste pédagogiquement très intéressant de pouvoir témoigner de l’influence du peintre flamand à travers les âges, et je salue particulièrement le talent des personnes qui ont dû sélectionner ces tableaux car cela a dû être un travail de titan.

 En bref

Une exposition à voir absolument ! Elle est structurée de manière très originale et on y apprend énormément. De plus, elle s’intègre parfaitement dans la logique des autres expositions proposées par Bozar et à propos desquelles je vous ai déjà parlé, puisque l’école flamande découle elle aussi de l’influence méditerranéenne et donc de l’école italienne. Je peux donc vous assurer que, avec ou sans audioguide, vous aurez accès à une heure de pur plaisir pour les yeux.

Pour plus d’infos:

http://www.bozar.be/activity.php?id=13206&selectiondate=2014-09-27

* ma maman.

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Peintures de Sienne

Il y a deux jours, je décide de m’embarquer encore une fois dans une expérience culturelle et me rends à Bozar, pensant pouvoir visiter l’expo dont on parle tant, Sensation and Sensuality, une exposition dédiée aux œuvres du grand Rubens. Une fois sortie du 71, comme d’habitude, calepin et stylo en main, je me dirige d’un pas assuré vers le guichet. Mais – Ô désespoir – on m’informe que l’expo ne commence pas avant deux jours. Heureusement ma déception n’est que très brève, puisque je me braque sur celle dédiée aux peintres de Sienne. Sienne

Un thème inattendu et captivant

L’exposition Peintures de Sienne était depuis quelques temps déjà sur ma liste des must-see de cette saison. De plus, elle est également organisée dans le cadre du Focus on Italy proposé par Bozar, qui, rappelez-vous, comprend aussi l’expo gratuite The Yellow Side of Sociality, à laquelle j’ai déjà consacré un article. J’étais particulièrement intriguée par le thème : on insiste bien souvent sur les peintres italiens – et flamands aussi d’ailleurs – de la Renaissance. L’école de Sienne, en revanche, demeurait pour moi un mystère que je devais percer.

Il s’agit de l’école italienne qui a précédé le Renaissance et qui a connu un grand épanouissement pendant deux siècles (de 1250 à 1500 environ). En effet à l’époque, la ville toscane jouissait d’une grande richesse économique et d’une puissance politique, qui la mettait de ce fait en compétition avec une autre ville de la même région et non moins célèbre, Florence.

Au niveau esthétique, les peintures de Sienne se distinguent par leur influence byzantine, qui fait que certains tableaux s’apparentent fortement aux icônes, avec une dominance du doré et des couleurs chaudes.

Je ne vous en dis pas plus, car je m’en voudrais terriblement de vous gâcher la surprise.

+ L’exposition a littéralement surpassé mes attentes, qui, vous vous en douterez, sont déjà très hautes. Je venais y assister sans aucune préparation, donc aucune connaissance sur le sujet, je n’ai pas pris l’audioguide et pourtant j’ai trouvé que les panneaux explicatifs étaient complets, tout en restant clairs et concis.

Sassetta - Vierge à l'enfant avec des anges.

Sassetta – Vierge à l’enfant avec des anges.

Les tableaux sont très bien mis en valeurs, et on y retrouve un fil conducteur, presque une narration, qui nous fait découvrir l’œuvre de grands peintres Siennois, tels que Duccio di Buoninsegna, Simone Martini, Lorenzetti, Sassetta et bien d’autres. En allant des récits de la vie de Marie aux représentations des Saints de Sienne, le tout en passant par des épisodes de la vie de Jésus, l’exposition Peintures de Sienne nous offre un panorama artistique cohérent qui nous fait presque oublier que nous sommes en plein cœur de Bruxelles.

En toute honnêteté, il y a très peu à redire. J’ai trouvé que l’exposition n’était ni trop longue ni trop courte, juste ce qu’il faut, mais j’ai tout de même entendu certaines personnes s’exclamer « c’est déjà fini ? » en arrivant près de la porte de sortie. Mais après tout, le temps ne semble-t-il pas passer plus vite, quand il est de qualité ?

En (très) bref, je n’ai que deux mots à dire : à voir.

Pour plus d’infos:

http://www.bozar.be/activity.php?id=14090&lng=fr

Une chaîne européenne du divertissement

Dans une Europe où créer des liens forts entre les différents pays-membres est un combat quotidien, la culture pourrait s’avérer être la « glue » qui nous unit tous. J’ai évoqué précédemment l’idée d’une chaîne européenne du divertissement, aujourd’hui je prends le temps de sonder le terrain. La création d’une nouvelle chaîne télévisée européenne, est-ce réellement concevable ? Quel est le public visé ? Est-ce une solution adaptée à la demande du plus grand nombre ? Quelques pistes de réflexion et des tentatives de réponse…

Les chaînes déjà existantes

euronewsOn ne peut évidemment pas parler d’Europe et d’audiovisuel, sans immédiatement penser à Euronews. Avec une audience s’élevant à 3,6%, un contenu disponible en 13 langues, un site internet bien agencé, la chaîne européenne peut se targuer de rivaliser – en Europe – avec les très connues CNN et BBC, qui elles ne sont disponibles qu’en anglais. En gros, on ne peut que saluer cette entreprise qui tend vers la promotion du multiculturalisme et du plurilinguisme. Mais si Euronews cherche à atteindre un public assez large en traduisant ses contenus, elle reste une chaîne d’information, et est peu diversifiée.

Une autre chaîne, presque unanimement reconnue pour la qualité de ses contenus, et qui se rapproche déjà un peu plus de mon idée de la chaîne du divertissement : Arte. Arte TV ChannelArte, c’est LA chaîne culturelle par excellence. Sa création découle d’un projet soutenu par le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl lors du Sommet franco-allemand de Bonn, à savoir l’idée de la création d’une chaîne adressée à un public double. La chaîne franco-allemande s’engage également dans des partenariats avec de nombreuses chaînes étrangères, ce qui nous permet d’avoir accès à certains films ou documentaires étrangers. Si Arte peut se vanter d’être un service public audiovisuel de qualité, elle n’a cependant pas un impact sur un public très large ; en effet, elle exige un public d’un certain niveau socio-culturel. De plus, les programmes sont traduits/doublés soit en allemand, soit en français, ce qui limite l’accès à un public qui ne parle aucune de ces deux langues. En 2013, Arte a réussi à grimper à 2% au niveau des parts d’audience en France, ce qui signifie une progression de 33% en 2 ans. Certes cela n’est pas négligeable, et on ne peut qu’encourager la chaîne franco-allemande dans cette direction, c’est-à-dire de continuer à nous fournir de si bons contenus et à exploiter les différentes plateformes qui sont à sa disposition (télévision de rattrapage, Arte Live Web, etc.). Mais 2% de l’audience, ça reste très peu, si on compare par exemple à la moyenne de 14,96% que La Une a maintenue entre 2002 et 2011 en Belgique.

L’ère de la culture participative

Why don't you just switch off the television set?Finalement, on peut se demander si la création d’une chaîne est réellement la solution optimale, si on tient compte du coût que cela représente, et surtout, du public visé. C’est bien la jeune génération qui crée l’Europe, et qui par conséquent serait le public cible. Or, de plus en plus de jeunes (et de moins jeunes) choisissent de visionner, sur Internet, les contenus de leur choix, au moment où ils le souhaitent, ce donne lieu à un public de plus en plus fragmenté et difficile à capter.

De plus, la tendance va largement dans le sens de la culture participative ; le public, et plus particulièrement les 18-24 ans, visionne des vidéos dans le but de chercher de l’information, de se divertir, ou encore de favoriser des interactions sociales. Des plateformes telles que Youtube sont devenues de véritables environnements sociaux, dans lesquels chacun et chacune peut être à la fois consommateur et fournisseur de contenu.

Les utilisateurs sont amenés à partager leurs opinions, à commenter, à diffuser. Il faut donc impérativement répondre à ce besoin du public d’interactivité et de connectivité sociale, et ne plus chercher à leur imposer un programme TV rigide.

MUBI.com – une cinémathèque en ligne

MUBI Europe va dans ce sens, en mettant à la disposition des utilisateurs d’Internet une cinémathèque en ligne, avec un grand choix de films de bonne qualité. Le site est ergonomique, esthétique et simple à utiliser, et propose un double tarif : par mois ou par film, à condition de le visionner endéans les 7 jours. Cette entreprise est soutenue par le programme MEDIA de l’Union Européenne, qui fournit également des aides financières à de nombreux projets ayant trait à la culture audiovisuelle.

Le site a bénéficié d’un essor fulgurant depuis 2007 et offre des films de qualité à petit prix (4,99€/mois), cependant son fondateur – Efe Cakarel – a pris le risque de viser un public de niche, en ne proposant que du cinéma d’auteur. On se retrouve donc, encore une fois, face à une offre qui ne vise pas le plus grand nombre.

En bref

Des tentatives diverses ont été entreprises afin de rassembler la population européenne devant le téléviseur, mais elles tendent toutes à répondre aux besoins d’un public spécifique et pas forcément aux attentes de tous. La création d’une chaîne européenne du divertissement semble être une proposition alléchante au premier abord, mais elle ne tient pas compte des tendances comportementales qui marquent notre génération. Pour qu’un tel dispositif fonctionne, il doit s’insérer dans le flux du numérique et du participatif. L’idéal serait donc de pouvoir avoir accès à une plateforme qui combinerait l’aspect participatif de Youtube et l’esthétisme de MUBI, tout en ayant à notre disposition des contenus plus « ouverts », allant au-delà du cinéma d’art et d’essai, et de l’information en continu.

Sources:

Arte. Communication de presse du 30/12/2013. http://pro.arte.tv/2013/12/2013-arte-poursuit-sa-progression-avec-33-daudience-en-2-ans/

CIM Centre d’Information sur les Médias. http://www.cim.be/fr

Haridakis et Hanson. « Social Interaction and Co-Viewing With YouTube: Blending Mass Communication Reception and Social Connection » Journal of Broadcasting & Electronic Media (2009) 53: 317-335.

Le Figaro. « Euronews est la deuxième chaîne d’info au monde sur Youtube ». http://www.lefigaro.fr/medias/2013/11/03/20004-20131103ARTFIG00183-euronews-est-la-deuxieme-chaine-d-info-au-monde-sur-youtube.php

MUBI: Regardez et découvrez le Cinéma. http//www.mubi.com

Union européenne (2013). Comprendre l’Union européenne: culture et audiovisuel. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 12 p.

 

 

 

 

Une identité européenne?

Commission européenne

En élargissant ses frontières et en incluant des cultures de plus en plus diverses, l’Europe a vu poindre à l’horizon une question incontournable : comment promouvoir l’identité européenne ? S’il est vrai que l’expansion territoriale de l’Europe lui permettrait de faire face aux géants de l’économie mondiale, la menace de la montée des nationalismes n’est jamais bien loin. Dès lors, la question se pose de savoir comment faire parler l’Europe d’une seule voix, tout en promouvant la diversité et en maintenant les cultures individuelles.

Promouvoir la culture

Il est donc plutôt question ici d’une promotion des cultures européennes que de chercher à créer une nouvelle culture, à laquelle chaque citoyen devrait s’astreindre au détriment de sa propre identité. En effet, être citoyen de l’Europe, n’est-ce pas finalement vivre dans l’acceptation d’autrui, tisser des liens de sorte que chacun puisse bénéficier d’un enrichissement culturel et personnel ? Favoriser les contacts et les échanges, telle semble être la solution à adopter pour renforcer la cohésion au sein de l’Europe.

Bon nombre d’initiatives ont été prises dans cette direction, c’est le cas des échanges Erasmus, ou de la désignation annuelle d’une capitale européenne de la culture. Mais il existe encore de nombreuses actions entreprises au niveau de la Commission européenne et qui, malheureusement, restent méconnues du grand public. C’est le cas, par exemple, du programme Europe créative, présenté par la Commission en 2011, et qui a pour ambition de « donner le coup de pouce nécessaire aux secteurs de la culture et de la création ».

Une communication plus efficace

Si nous désirons que des programmes aussi prometteurs que Europe créative sortent de l’ombre, il va de soi que la Commission européenne doit impérativement améliorer sa communication et viser un public beaucoup plus large. De fait, l’information n’est pas toujours disponible dans toutes les langues, et est difficilement accessible. Or, il faut à tout prix éviter de tomber dans une promotion de la culture par et pour l’élite afin que tout un chacun puisse participer, s’enrichir, et s’identifier à ce croisement de cultures européennes.

Un bon stimulant pour l’économieEuro Note Currency

La communication ne s’arrête pas non plus à une simple diffusion des messages concernant les évènements culturels à venir. Le public perçoit souvent le domaine de la culture comme un luxe dont on pourrait se passer. C’est là que la communication doit entrer en jeu pour lever les doutes sur l’aspect financier et dissiper la méfiance des citoyens vis-à-vis des secteurs de la culture, de l’audiovisuel et de la création. Selon une brochure par la Commission européenne, « les secteurs de la culture et de la création contribuent à la croissance économique, à l’emploi, à l’innovation et à la cohésion sociale ». Ces mêmes secteurs représenteraient 4,5% du PIB et 3,8% de la main-d’œuvre de l’UE.

Une chaîne européenne du divertissement ?

Qu’en est-il alors de l’audiovisuel ? Mis à part la très connue Euronews, à laquelle on reproche parfois de donner une version édulcorée de l’actualité, les citoyens européens restent un peu sur leur faim. Ne serait-il pas temps de mettre à la disposition du grand public, une chaîne européenne du divertissement ? La question reste ouverte, et la tâche ne serait certainement pas aisée, car comment atteindre aujourd’hui un public de plus en plus fragmenté, qui évolue dans un monde où les modes de diffusion se multiplient ? De plus, le problème de la langue persiste, certains ne jurent que par les doublages, d’autres penchent plus vers le multilinguisme et les versions sous-titrées, d’autres encore voient l’anglais comme l’esperanto du 21ème siècle. En somme, de nombreuses voies s’ouvrent au secteur audiovisuel, le tout est de savoir quelles sont les décisions à prendre pour savoir laquelle emprunter.

En bref

Les secteurs de la culture et de la création donnent l’espoir de renforcer les liens entre pays membres de l’UE, car ils permettent aux citoyens d’élargir leurs horizons et de se familiariser avec des sphères qui leur sont inconnues, le tout en conservant leur identité individuelle. C’est par une participation active aux évènements culturels et en attisant la curiosité de chaque individu qu’on peut aspirer à une Europe plus unie. Il reste encore beaucoup à faire avant d’y parvenir, certes, mais j’ose espérer qu’avec une meilleure communication on parviendra, à l’avenir, à favoriser ces secteurs et à gagner la confiance du public. Après tout, Rome, non plus, ne s’est pas bâtie en un jour.

Sources:

Union européenne (2013). Comprendre l’Union européenne: culture et audiovisuel. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 12 p.