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L’art, à quoi ça sert?

Ne vous arrive-t-il pas à vous aussi de vous demander si vous aviez vraiment bien fait d’écouter les nouvelles aujourd’hui ? Cette question, je me la pose très fréquemment, d’autant plus en cette période où nous sommes tous les jours confrontés à la triste constatation que l’homme est capable d’une violence inouïe envers ses semblables. Non, je n’ai pas envie de revenir sur ce qui s’est passé à Paris, à Verviers, au Nigeria, en Syrie. Il y a bien assez de gens qui s’occupent de cela et je ne tiens pas à retourner le couteau dans la plaie. Je me dis simplement que de tels évènements nous poussent inévitablement à remettre les choses en perspective, à reconsidérer notre place dans le monde.

J’ai passé une partie assez importante de ma vie à fréquenter le milieu artistique, ce qui m’a toujours poussée à défendre la place de l’art dans la société. Dans mon cas il m’a toujours servi d’exutoire, dans le sens qu’il m’a permis d’extérioriser mes émotions, qu’elles soient négatives ou positives. Je n’ai jamais été de ceux qui considèrent que l’art n’est accessible qu’à une partie privilégiée de la population ; je suis convaincue que nous sommes tous des individus créatifs, et qu’il est propre à chacun de trouver la voie qui lui permet d’exprimer ses émotions et sa vision du monde.

Pourquoi alors faire le lien entre l’art et les évènements qui marquent l’actualité ? Tout simplement parce que ça me désole de nous voir tous absorbés par tant de négativité. Je suis parfaitement consciente que pour certains, l’idée de venir parler du rôle de l’art tandis que des milliers de personnes se font massacrer frôle le ridicule. Chacun est libre de choisir le positionnement qu’il veut avoir par rapport à tout ça. Moi, j’ai choisi la voie qui me convient le mieux : extérioriser mes émotions.

emotional intelligence L’intelligence émotionnelle

La plupart des gens semblent concevoir l’art comme le résultat de la créativité. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que l’art a aussi quelque chose de transcendant : il peut être à la fois la source et le produit d’une impulsion créative. C’est dans ce sens que vont également les professeurs du Yale Center for Emotional Intelligence. Ils s’appuient sur la définition d’ « intelligence émotionnelle » (IE), formulée à l’origine par Daniel Goleman, célèbre psychologue américain et journaliste au New York Times. Cette définition s’articule autour de 5 piliers : la conscience de ses émotions, la capacité à la gérer, la motivation, l’empathie et les compétences sociales. Le centre de recherche de Yale cherche donc à valoriser la place de l’intelligence émotionnelle dans notre société, à laquelle on a trop souvent préféré les capacités cognitives et l’expertise technique. L’idée, selon eux, serait de stimuler l’intelligence émotionnelle et éveiller la créativité chez les individus à travers les arts. De nombreuses études ont été menées à ce sujet, qui prouvent que les individus dont l’IE est élevée disposent de nombreuses qualités qui les rendent efficaces dans leur travail : ils mènent brillamment des projets de collaboration, ils sont de bons leaders, ont une attitude qui leur permet de résoudre facilement des problèmes, et sont à l’aise dans les interactions sociales. Chez les enfants chez qui l’IE a été stimulé, on observe un intérêt accru pour l’apprentissage, une meilleure capacité de concentration et plus d’interactions avec les professeurs.

Une nouvelle approche de l’enseignement

Toutes ces constatations ont mené à la question suivante : comment promouvoir l’intelligence émotionnelle dans l’éducation ? Des professeurs de l’Université Johns-Hopkins (JHU) ont tenté de répondre à cette question dans un paper accessible via ce lien.

Leur théorie est que notre société a été très fortement influencée par la philosophie des Lumières, qui favorise les compétences cognitives au détriment des arts et des émotions. Ils poursuivent en disant que notre perception actuelle de l’art est trop étriquée, et ne comprend pas la notion de « eagerness for truths », autrement dit notre avidité de comprendre, qui s’exprime dans ce cas-ci à travers des systèmes de symboles.

Dès qu’un manque de moyens financiers se fait sentir, l’éducation (et en particulier l’éducation aux arts et le milieu artistique en général) sont les premiers à en subir les effets. L’idée des professeurs de la JHU est de démontrer que remettre l’art et la créativité au cœur des programmes scolaires est une entreprise peu coûteuse, et qui pourtant a des effets très bénéfiques. En allant ainsi à contre-courant d’une société basée sur la production, l’industrialisation et le bénéfice, ils comptent accroître le bien-être des étudiants et stimuler leur avidité de s’instruire et de créer.

L’art comme thérapieart therapy

Outre son application au niveau de l’éducation, l’art a aussi fait ses preuves dans le domaine médical. Ce que l’on appelle aujourd’hui l’ « art-thérapie » aide les individus à retrouver leur équilibre en exploitant au maximum leur capacité créative. Cette méthode s’utilise aussi bien en cas de dépression, qu’en cas de stress post-traumatique ou d’Alzheimer. J’ai également découvert qu’un centre d’oncologie en Suède a mené une enquête auprès d’une cinquantaine de femmes souffrant du cancer du sein, lesquelles ont pris part à plusieurs sessions d’art-thérapie. Les chercheurs ont ainsi pu établir un lien entre l’art-thérapie et la capacité à trouver les ressources nécessaires pour faire face à leur situation. Non seulement ces sessions leur ont permis d’accepter leur image corporelle et de réagir positivement par rapport à celle-ci, mais aussi de focaliser leur attention sur leurs pensées, leurs émotions, leur expérience personnelle, et non plus sur la maladie en tant que telle.

Un moyen et non plus une fin?

Bien entendu tout amateur d’art cherche à défendre la légitimité de l’objet de sa passion par les moyens dont il dispose. Si j’ai choisi tous ces exemples c’est aussi parce que je suis profondément convaincue des vertus thérapeutiques de l’art. J’ai longuement hésité entre des études de médecine et des études musicales, au grand étonnement de mon entourage. Pour moi ce n’était pas si différent, il s’agissait toujours de guérir les gens. L’idée que je cherche à défendre ici est que l’art ne consiste pas seulement à visiter des musées et des expos, à aller voir de temps en temps un bon concert. C’est aussi une source d’inspiration qui stimule les êtres créatifs que nous sommes. Alors est-ce que tout ça signifie considérer l’art comme un moyen et non pas comme une fin ? Peut-être que oui. Est-ce profondément illégitime d’adopter ce point de vue ? Pour certains peut-être, mais certainement pas pour moi. L’art, tel que je le vis, n’est pas élitiste et certainement pas discriminatoire. Alors si pour vous, comme pour moi, il vous permet de vous évader un peu de la misère du monde, je n’ai qu’un conseil à vous donner : exprimez-vous.

Sources:

http://education.jhu.edu/PD/newhorizons/strategies/topics/Arts%20in%20Education/The%20Center%20for%20Arts%20in%20the%20Basic%20Curriculum/oddleifson2.htm.

Emotional Intelligence, Creativity, and the Arts

Öster, Inger et alii. Art therapy improves coping resources: A randomized, controlled study among women with breast cancer. Palliative and Supportive Care, 2006, n°4, pp. 57–64.

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