Bruxelles, capitale du surréalisme administratif

Le 30 août dernier, je me suis rendue à une conférence organisée dans le cadre de BCF alias «Brussels Creative Forum». Je ne savais pas exactement dans quoi je m’embarquais, mais le slogan – now it’s time for culture – m’avais tapé dans l’œil, je savais que ma place était là-bas. Quelques jours plus tôt, j’avais parcouru la liste des activités et m’étais arrêtée sur celle proposée par Paul Vermeylen : « Un pari pour Bruxelles : faire émerger une Europe des cultures ».

Bruxelles

Rue du Marché aux Fromages, Bruxelles

Du coup, j’y suis allée, armée de mon bloc-notes. Autour de moi, des personnes de tous âges, de tous horizons, de différents milieux socio-professionnels. Bref, l’expérience promettait d’être enrichissante. Elle l’a certainement été, mais elle a également suscité en moi plus de questions qu’elle ne m’a apporté de réponses. En effet, c’est précisément au moment où on en est venu à discuter des atouts de notre charmante capitale, et des différents scénarios possibles pour son avenir, que les Romains s’empoignèrent. La discussion a commencé à se développer tout azimut, chacun se cramponnant à son point de vue. Pour certains, Bruxelles était synonyme de cosmopolitisme et de multiculturalisme, tandis que pour d’autres il était essentiel de mettre en avant son background géo-historique. Dès lors, comment aider Bruxelles à se distinguer par rapport aux autres capitales européennes, quand elle semble être le lieu de toutes les tensions et de tous les désaccords ?

Les atouts de Bruxelles

Le cinquantenaire

Le cinquantenaire

Mon parcours et mes multiples voyages ont fait que j’ai souvent été en contact avec des étrangers, et certains d’entre eux avaient eu l’opportunité de visiter Bruxelles. Lorsque je leur demandais leur opinion sur notre capitale, tous me répondaient unanimement : « Bruxelles, c’est tellement international ! ». En effet, pour la majorité d’entre nous, le top-of-mind de Bruxelles est clairement le mix de cultures, et cela se confirme par les chiffres : 30% de la population bruxelloise est étrangère. Mais qu’en est-il alors de l’avis des Bruxellois « de souche » ? Il est vrai que l’identité Bruxelloise n’est pas très affirmée, elle résulte elle-même d’un contact entre milieux francophone et néerlandophone. Néanmoins, on ne peut nier à Bruxelles son statut particulier, son côté charmant et pittoresque qui en fait une capitale pas comme les autres. Dès lors, les Bruxellois doivent-ils laisser leur ville être envahie par des cultures extérieures, et du coup se battre pour préserver ses racines historiques ? Ou bien doivent-ils accepter l’évolution plus « naturelle » des choses, à savoir que Bruxelles, étant déjà le siège des institutions européennes, pourrait devenir le carrefour d’une multiplicité de cultures, au détriment de celle qui lui est propre ? Personnellement, je ne pense pas que le côté belgo-belge de Bruxelles sera si vite mis en danger. Comme je l’ai dit précédemment, Bruxelles, d’un point de vue historico-géographique, est elle-même le pur produit d’un mix de cultures, à savoir le contact entre une culture plus latine et une autre plus germanique. Dès lors, à moins qu’on ne fasse concrètement table rase du passé comme cela a pu être le cas lors de la bruxellisation, je doute très fortement que l’arrivée des institutions et leur développement effacent d’un revers de main toute l’essence de Bruxelles.

Le city-marketing et la question du financement

Façade Tintin

Rue de l’Etuve, fresque murale Tintin.

Du coup, il ne semble pas y avoir d’objection majeure à l’ouverture de Bruxelles vers l’extérieur, et de ce fait, le scénario le plus approprié pour notre capitale est probablement de cultiver ce multiculturalisme qui la compose et d’augmenter son attractivité vis-à-vis de l’extérieur. De cette manière, on peut espérer lui donner une plus-value qui l’aidera à se distinguer, à se différencier par rapport aux autres capitales européennes.

Parler de city-marketing ou de marque d’une ville est devenu de plus en plus tendance. Les débats et conférences sur la question regorgent d’idées plus innovantes les unes que les autres pour accroître l’attractivité des territoires, mais dès qu’il est question de financement et d’aspect économique toutes les portes se ferment. J’ai déjà assisté à plusieurs conférences qui avaient trait à l’offre culturelle de Bruxelles et aux ICC, et combien de fois n’ai-je pas été ébahie de voir les conférenciers littéralement survoler l’aspect financier. Je ne cherche pas ici à faire l’apologie du PIB et du retour sur investissement, loin de là, mais il ne faut pas se leurrer : bien souvent, les chiffres, eux aussi, parlent mieux qu’un long discours. Sans compter que Bruxelles se trouve face à un dilemme : elle tente tant bien que mal de se rendre attractive pour stimuler le tourisme et encourager les investisseurs étrangers, mais elle ne peut toutefois nier les groupes sociaux plus fragiles et qui sont marginalisés, justement parce que cette offre culturelle leur est hors de portée.

En bref

L’offre culturelle devrait donc, idéalement, s’adresser à un public très large, à toutes les catégories de la population bruxelloise. Mais cela est-il vraiment réalisable, quand on sait que Bruxelles est sujette à des tensions dues au bilinguisme français-flamand, que les compétences culturelles sont segmentées, que les multiples projets culturels sont dispersés sur les 19 communes qui la composent et que les procédures administratives sont souvent plus que décourageantes ? Finalement, le problème de Bruxelles n’est-il pas qu’elle continue de se penser comme une région, et non pas comme une ville ? Un élément-clé pour notre capitale serait de surmonter ses tensions internes qui la paralysent, de s’ouvrir vers l’extérieur tout en proposant des activités auxquelles tout un chacun puisse participer. Pour que Bruxelles devienne une ville créative, il faut donc que tous les évènements et projets culturels soient inscrits dans une seule et même stratégie, et cela afin d’obtenir plus de cohérence. Enfin en ce qui concerne le financement, je crois fermement que le débat sera résolu le jour où l’on aura compris que culture peut rimer avec économie, et qu’elle contribue très fort au bien-être de la population. Bruxelles comme ville créative, c’est un travail en chantier, et il reste encore énormément à faire. Toutefois, j’ose dire que le défi ne me semble pas impossible à relever pour une ville qui a été l’un des foyers du surréalisme belge…

Sources:

Conférence BCF2014 le 30/08/2014 « Un pari pour Bruxelles: faire émerger une Europe des cultures », par Paul Vermeylen.

http://www.centresculturelsbruxellois.be/

http://www.platformkanal.be

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Le roman-feuilleton et les quotidiens: une amitié renouvelée?

kioskeTout le monde a déjà entendu parler de ce genre littéraire, né au 17ème siècle et particulièrement affectionné à l’époque victorienne, à savoir le roman feuilleton. Genre romanesque qui, déjà à son apparition, s’inscrivait parfaitement dans le flux de la modernité, le roman-feuilleton a suscité diverses réactions, des plus vives critiques jusqu’aux plus grandes éloges. En effet, sa publication épisodique dans les journaux obligeait les auteurs à écrire dans l’urgence, et à maintenir l’intérêt des lecteurs, au risque parfois de tomber dans un sensationnalisme de mauvais goût. Mais aujourd’hui, à l’ère de Facebook, Twitter, et autres formes courtes de communication, le roman-feuilleton ne pourrait-il pas se faire une petite place ?

Les grands noms du feuilleton

Le roman feuilleton, ou serial comme le dénomment les Anglo-Saxons, a souvent été associé à une forme de littérature industrielle, de « malbouffe » littéraire. Le premier but recherché était de stimuler le lectorat afin d’augmenter les ventes de journaux. Il fallait donc plaire facilement à un public le plus large possible. Or, la source de cette critique n’est-elle pas, au fond, une confusion entre contenu et forme ?

romans-feuilletonsLes plus grandes plumes sont passées par ce format de publication, à commencer par Daniel Defoe au 17ème siècle, suivi beaucoup plus tard par Charles Dickens. En France, Dumas père, Balzac et Eugène Sue ont été feuilletonistes à leurs heures. Enfin, des chefs-d’œuvres de la littérature russe sont également parus de manière épisodique, c’est le cas de Anna Karénine, ou encore de Crime et Châtiment.

Peut-on alors réellement parler d’une perte de qualité due au conditionnement qu’impose la forme ? Je pense que non, et si le Dostoïevski du 21ème siècle offrait à lire ses contenus dans les quotidiens, je les achèterais certainement plus souvent.

Quel sens cela a-t-il aujourd’hui ?

Finalement, le problème principal est de savoir à qui s’adresser. Car aujourd’hui, qui lit régulièrement le journal ? Internet nous a simplifié la vie en nous donnant accès à toute l’information, en tout temps et presque toujours gratuitement, précipitant ainsi la crise des médias. Le public devient difficile à capter, il va directement à l’essentiel en ne lisant que les rubriques ou articles qui l’intéressent. C’est un problème indéniable, auquel je n’ai très honnêtement pas de réponse, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. Certes l’idée de redonner vie aux feuilletons s’apparente à une utopie, mais je pense qu’aujourd’hui, stimuler les ventes des journaux et permettre aux médias de se financer autrement que par la publicité est essentiel. De fait, s’il n’y a pas de lecteurs, il n’y a pas de croissance, pas d’argent, pas de journalisme d’investigation. L’information nous donne accès à une compréhension du monde dans lequel nous vivons, or si nous laissons nos médias dépérir c’est justement la qualité de l’info qui en paiera le prix. Ainsi, réintégrer des épisodes de romans dans les quotidiens pourrait augmenter le nombre de lecteurs, tout en promouvant des auteurs locaux et talentueux.

Five Chapters, DailyLit, exfictions

Tels sont les noms de quelques sites qui aspirent à donner un second souffle au roman-feuilleton. Ils proposent de publier une nouvelle par semaine (Five Chapters), de lire des romans par petites parties envoyées sur votre adresse mail (DailyLit), ou simplement de donner accès à une littérature numérique et épisodique, produite par des auteurs peu connus (exfictions). Ces entreprises ne sont qu’à leurs débuts, il est donc difficile de juger de l’impact et du succès qu’elles ont auprès des utilisateurs du Web. Le jour où l’on pourra prouver de manière manifeste que les webséries suscitent l’intérêt du public et ont un avenir viable, alors peut-être pourrons-nous envisager de redorer le blason du roman-feuilleton et de l’intégrer dans nos quotidiens.

livres et ebooksEn bref

Dans un monde dominé par le numérique, par la (sur-)consommation de séries, par la brièveté des messages, le roman-feuilleton semble trouver sa place. Il pourrait permettre à de nombreux quotidiens de sortir la tête hors de l’eau, et par la même occasion ferait connaître une série d’auteurs contemporains qui ne demandent pas mieux que d’être lus. Mais la presse pourrait-elle prendre le risque d’imposer ce modèle, sans même savoir si cela correspond aux attentes de son lectorat ? A vous de me le dire.

 

Sources:

Gillet Michel. Machines de romans feuilletons. Romantisme, 1983, n°41. pp. 79-90

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_1983_num_13_41_4656

http://www.brown.edu/Research/Equinoxes/journal/Issue%207/eqx7_deviveiros.html

http://fictionwritersreview.com/shoptalk/serial-fiction/

http://www.arte.tv/guide/fr/048392-000/presse-vers-un-monde-sans-papier

Une chaîne européenne du divertissement

Dans une Europe où créer des liens forts entre les différents pays-membres est un combat quotidien, la culture pourrait s’avérer être la « glue » qui nous unit tous. J’ai évoqué précédemment l’idée d’une chaîne européenne du divertissement, aujourd’hui je prends le temps de sonder le terrain. La création d’une nouvelle chaîne télévisée européenne, est-ce réellement concevable ? Quel est le public visé ? Est-ce une solution adaptée à la demande du plus grand nombre ? Quelques pistes de réflexion et des tentatives de réponse…

Les chaînes déjà existantes

euronewsOn ne peut évidemment pas parler d’Europe et d’audiovisuel, sans immédiatement penser à Euronews. Avec une audience s’élevant à 3,6%, un contenu disponible en 13 langues, un site internet bien agencé, la chaîne européenne peut se targuer de rivaliser – en Europe – avec les très connues CNN et BBC, qui elles ne sont disponibles qu’en anglais. En gros, on ne peut que saluer cette entreprise qui tend vers la promotion du multiculturalisme et du plurilinguisme. Mais si Euronews cherche à atteindre un public assez large en traduisant ses contenus, elle reste une chaîne d’information, et est peu diversifiée.

Une autre chaîne, presque unanimement reconnue pour la qualité de ses contenus, et qui se rapproche déjà un peu plus de mon idée de la chaîne du divertissement : Arte. Arte TV ChannelArte, c’est LA chaîne culturelle par excellence. Sa création découle d’un projet soutenu par le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl lors du Sommet franco-allemand de Bonn, à savoir l’idée de la création d’une chaîne adressée à un public double. La chaîne franco-allemande s’engage également dans des partenariats avec de nombreuses chaînes étrangères, ce qui nous permet d’avoir accès à certains films ou documentaires étrangers. Si Arte peut se vanter d’être un service public audiovisuel de qualité, elle n’a cependant pas un impact sur un public très large ; en effet, elle exige un public d’un certain niveau socio-culturel. De plus, les programmes sont traduits/doublés soit en allemand, soit en français, ce qui limite l’accès à un public qui ne parle aucune de ces deux langues. En 2013, Arte a réussi à grimper à 2% au niveau des parts d’audience en France, ce qui signifie une progression de 33% en 2 ans. Certes cela n’est pas négligeable, et on ne peut qu’encourager la chaîne franco-allemande dans cette direction, c’est-à-dire de continuer à nous fournir de si bons contenus et à exploiter les différentes plateformes qui sont à sa disposition (télévision de rattrapage, Arte Live Web, etc.). Mais 2% de l’audience, ça reste très peu, si on compare par exemple à la moyenne de 14,96% que La Une a maintenue entre 2002 et 2011 en Belgique.

L’ère de la culture participative

Why don't you just switch off the television set?Finalement, on peut se demander si la création d’une chaîne est réellement la solution optimale, si on tient compte du coût que cela représente, et surtout, du public visé. C’est bien la jeune génération qui crée l’Europe, et qui par conséquent serait le public cible. Or, de plus en plus de jeunes (et de moins jeunes) choisissent de visionner, sur Internet, les contenus de leur choix, au moment où ils le souhaitent, ce donne lieu à un public de plus en plus fragmenté et difficile à capter.

De plus, la tendance va largement dans le sens de la culture participative ; le public, et plus particulièrement les 18-24 ans, visionne des vidéos dans le but de chercher de l’information, de se divertir, ou encore de favoriser des interactions sociales. Des plateformes telles que Youtube sont devenues de véritables environnements sociaux, dans lesquels chacun et chacune peut être à la fois consommateur et fournisseur de contenu.

Les utilisateurs sont amenés à partager leurs opinions, à commenter, à diffuser. Il faut donc impérativement répondre à ce besoin du public d’interactivité et de connectivité sociale, et ne plus chercher à leur imposer un programme TV rigide.

MUBI.com – une cinémathèque en ligne

MUBI Europe va dans ce sens, en mettant à la disposition des utilisateurs d’Internet une cinémathèque en ligne, avec un grand choix de films de bonne qualité. Le site est ergonomique, esthétique et simple à utiliser, et propose un double tarif : par mois ou par film, à condition de le visionner endéans les 7 jours. Cette entreprise est soutenue par le programme MEDIA de l’Union Européenne, qui fournit également des aides financières à de nombreux projets ayant trait à la culture audiovisuelle.

Le site a bénéficié d’un essor fulgurant depuis 2007 et offre des films de qualité à petit prix (4,99€/mois), cependant son fondateur – Efe Cakarel – a pris le risque de viser un public de niche, en ne proposant que du cinéma d’auteur. On se retrouve donc, encore une fois, face à une offre qui ne vise pas le plus grand nombre.

En bref

Des tentatives diverses ont été entreprises afin de rassembler la population européenne devant le téléviseur, mais elles tendent toutes à répondre aux besoins d’un public spécifique et pas forcément aux attentes de tous. La création d’une chaîne européenne du divertissement semble être une proposition alléchante au premier abord, mais elle ne tient pas compte des tendances comportementales qui marquent notre génération. Pour qu’un tel dispositif fonctionne, il doit s’insérer dans le flux du numérique et du participatif. L’idéal serait donc de pouvoir avoir accès à une plateforme qui combinerait l’aspect participatif de Youtube et l’esthétisme de MUBI, tout en ayant à notre disposition des contenus plus « ouverts », allant au-delà du cinéma d’art et d’essai, et de l’information en continu.

Sources:

Arte. Communication de presse du 30/12/2013. http://pro.arte.tv/2013/12/2013-arte-poursuit-sa-progression-avec-33-daudience-en-2-ans/

CIM Centre d’Information sur les Médias. http://www.cim.be/fr

Haridakis et Hanson. « Social Interaction and Co-Viewing With YouTube: Blending Mass Communication Reception and Social Connection » Journal of Broadcasting & Electronic Media (2009) 53: 317-335.

Le Figaro. « Euronews est la deuxième chaîne d’info au monde sur Youtube ». http://www.lefigaro.fr/medias/2013/11/03/20004-20131103ARTFIG00183-euronews-est-la-deuxieme-chaine-d-info-au-monde-sur-youtube.php

MUBI: Regardez et découvrez le Cinéma. http//www.mubi.com

Union européenne (2013). Comprendre l’Union européenne: culture et audiovisuel. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 12 p.

 

 

 

 

Une identité européenne?

Commission européenne

En élargissant ses frontières et en incluant des cultures de plus en plus diverses, l’Europe a vu poindre à l’horizon une question incontournable : comment promouvoir l’identité européenne ? S’il est vrai que l’expansion territoriale de l’Europe lui permettrait de faire face aux géants de l’économie mondiale, la menace de la montée des nationalismes n’est jamais bien loin. Dès lors, la question se pose de savoir comment faire parler l’Europe d’une seule voix, tout en promouvant la diversité et en maintenant les cultures individuelles.

Promouvoir la culture

Il est donc plutôt question ici d’une promotion des cultures européennes que de chercher à créer une nouvelle culture, à laquelle chaque citoyen devrait s’astreindre au détriment de sa propre identité. En effet, être citoyen de l’Europe, n’est-ce pas finalement vivre dans l’acceptation d’autrui, tisser des liens de sorte que chacun puisse bénéficier d’un enrichissement culturel et personnel ? Favoriser les contacts et les échanges, telle semble être la solution à adopter pour renforcer la cohésion au sein de l’Europe.

Bon nombre d’initiatives ont été prises dans cette direction, c’est le cas des échanges Erasmus, ou de la désignation annuelle d’une capitale européenne de la culture. Mais il existe encore de nombreuses actions entreprises au niveau de la Commission européenne et qui, malheureusement, restent méconnues du grand public. C’est le cas, par exemple, du programme Europe créative, présenté par la Commission en 2011, et qui a pour ambition de « donner le coup de pouce nécessaire aux secteurs de la culture et de la création ».

Une communication plus efficace

Si nous désirons que des programmes aussi prometteurs que Europe créative sortent de l’ombre, il va de soi que la Commission européenne doit impérativement améliorer sa communication et viser un public beaucoup plus large. De fait, l’information n’est pas toujours disponible dans toutes les langues, et est difficilement accessible. Or, il faut à tout prix éviter de tomber dans une promotion de la culture par et pour l’élite afin que tout un chacun puisse participer, s’enrichir, et s’identifier à ce croisement de cultures européennes.

Un bon stimulant pour l’économieEuro Note Currency

La communication ne s’arrête pas non plus à une simple diffusion des messages concernant les évènements culturels à venir. Le public perçoit souvent le domaine de la culture comme un luxe dont on pourrait se passer. C’est là que la communication doit entrer en jeu pour lever les doutes sur l’aspect financier et dissiper la méfiance des citoyens vis-à-vis des secteurs de la culture, de l’audiovisuel et de la création. Selon une brochure par la Commission européenne, « les secteurs de la culture et de la création contribuent à la croissance économique, à l’emploi, à l’innovation et à la cohésion sociale ». Ces mêmes secteurs représenteraient 4,5% du PIB et 3,8% de la main-d’œuvre de l’UE.

Une chaîne européenne du divertissement ?

Qu’en est-il alors de l’audiovisuel ? Mis à part la très connue Euronews, à laquelle on reproche parfois de donner une version édulcorée de l’actualité, les citoyens européens restent un peu sur leur faim. Ne serait-il pas temps de mettre à la disposition du grand public, une chaîne européenne du divertissement ? La question reste ouverte, et la tâche ne serait certainement pas aisée, car comment atteindre aujourd’hui un public de plus en plus fragmenté, qui évolue dans un monde où les modes de diffusion se multiplient ? De plus, le problème de la langue persiste, certains ne jurent que par les doublages, d’autres penchent plus vers le multilinguisme et les versions sous-titrées, d’autres encore voient l’anglais comme l’esperanto du 21ème siècle. En somme, de nombreuses voies s’ouvrent au secteur audiovisuel, le tout est de savoir quelles sont les décisions à prendre pour savoir laquelle emprunter.

En bref

Les secteurs de la culture et de la création donnent l’espoir de renforcer les liens entre pays membres de l’UE, car ils permettent aux citoyens d’élargir leurs horizons et de se familiariser avec des sphères qui leur sont inconnues, le tout en conservant leur identité individuelle. C’est par une participation active aux évènements culturels et en attisant la curiosité de chaque individu qu’on peut aspirer à une Europe plus unie. Il reste encore beaucoup à faire avant d’y parvenir, certes, mais j’ose espérer qu’avec une meilleure communication on parviendra, à l’avenir, à favoriser ces secteurs et à gagner la confiance du public. Après tout, Rome, non plus, ne s’est pas bâtie en un jour.

Sources:

Union européenne (2013). Comprendre l’Union européenne: culture et audiovisuel. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 12 p.