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Un retour inattendu et une escapade au MiMa

J’ai moi-même du mal à croire que cela fasse déjà plus d’un an que ce blog est simplement maintenu en « état de survie ». J’avais même envisagé de l’abandonner complètement. Pas de l’effacer, non, car je veux qu’une trace de mes expériences reste sur la toile, que le récit de mes (trop rares et peu nombreuses) visites et réflexions personnelles puissent au moins modestement contribuer à votre envie d’explorer le monde culturel de notre magnifique capitale. Plus le temps passait, plus je me disais que ça n’avait plus de sens de recommencer à écrire. Les raisons étaient diverses et variées : une dernière année universitaire plus qu’épique, un manque d’inspiration pour trouver de nouveaux sujets qui me touchent et vous toucheront aussi, une méticulosité presque maladive (et donc souvent décourageante) qui me pousse à rassembler et disséquer un nombre incalculable de sources avant d’oser exprimer mon opinion sur un sujet, et enfin, je l’avoue, un poil de paresse.

Et puis… Il y a eu cette visite au MiMa, alias the Millenium Iconoclast Museum of Art. Un véritable petit bijou au cœur de Molenbeek qui, on l’espère, aidera à redorer le blason de cette commune qui pour beaucoup, malheureusement, semble être le centre de tous les maux de la terre.

Je sais, tout bloggeur doté d’une conscience digne de ce nom et d’un minimum de professionnalisme aurait eu la sagesse de « lâcher l’affaire » (= ce foutu blog) plutôt que de laisser UN AN s’écouler entre deux posts. Mais qui a dit que j’étais raisonnable? Entre la sagesse et l’impulsion, j’ai choisi la dernière, car pour moi cette visite a déclenché une avalanche d’émotions que je souhaite partager avec vous, et puis parce que je souhaite encourager ce genre d’entreprise culturelle et espère que ce petit compte-rendu vous donnera envie de vous y rendre.

Le MiMa + Expo City Lights

Le MiMa, en deux mots, est un projet unique qui découle du désir de créer un centre d’échange et d’expression de la scène d’art contemporain (voir http://www.mimamuseum.eu/about/). En plus de ses œuvres permanentes le musée accueille également des expositions, la première (qui se finit le 28 août) étant City Lights. Puisque je ne peux l’exprimer en de meilleurs termes que ceux qui se trouvent au centre de ce projet, je reprends ici leur description de cette exposition qui réunit les réalisations de Swoon, Maya Hayuk, MOMO, et FAILE, offrant ainsi « une image multidimensionnelle de la culture 2.0, cet esprit cosmopolite qui anime le musée ».

N’étant qu’une néophyte en tout ce qui touche à l’art contemporain (et urbain dans ce cas particulier), je ne m’aventurerai pas à vous offrir un crash course retraçant de manière précise et religieuse l’évolution de cette forme artistique ainsi que ses caractéristiques principales. De un, parce que c’est super chiant pour vous autant que pour moi et je n’ai pas envie d’étudier trois milles sources (on va gentiment mettre son côté ultra académique de côté 🙂 ). De deux, parce qu’après tout on vit à l’ère du « if you don’t know it, google it », et il y a en effet bon nombre de vidéos, articles, livres à ce sujet qui seront sûrement bien mieux construits que ce post. Et enfin de trois, parce que je tiens à ne pas m’attirer les foudres des geeks de l’histoire de l’art (Lulu celle-là c’est pour toi. Cadeau.).

Ainsi, ce petit compte-rendu visera simplement à faire part de mon ressenti, des émotions et réflexions qui ont été déclenchées par cette visite. Pour beaucoup d’entre vous elles sembleront évidentes, voire naïves, mais au fond, ce petit exercice qui me pousse constamment à me demander le comment du pourquoi de mes émotions est pour moi une chose essentielle, et en partageant mon expérience j’espère vous inciter à cultiver ce genre de réflexions (n’est-ce pas, au final, le but ultime de ce blog ?).

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Swoon

L’appropriation de l’espace

Un des premiers éléments qui m’ont marquée lors de cette visite est la dimension des œuvres et la manière dont elles exploitent leur support. Le fait de voir de l’art urbain confiné dans un espace généralement réservé aux formats plus « traditionnels » m’a fait me rendre compte de l’importance de l’appropriation de l’espace dans cette forme artistique, ce qui pour moi est aussi l’expression du désir du citadin de se réapproprier sa ville (je me réfère ici aux œuvres lorsqu’elles se retrouvent « dans leur habitat naturel »). L’art à si grande échelle me fascine particulièrement d’un point de vue technique car cela requiert des moyens (physiques) considérables. D’autre part, je ne peux m’empêcher de penser que cette forme d’expression, aussi moderne qu’elle nous paraisse, est probablement celle qui est la plus proche de nos racines ancestrales. Au fond, les hommes des cavernes n’ont-ils pas initié cela déjà à travers les fresques murales ? Une association qui peut paraître stupide pour certains, mais que je trouve personnellement fascinante, notamment parce qu’elle rend compte de notre soif universelle de nous exprimer librement et sans limites. Bien sûr dans ce cas particulier, cet élan de liberté est poussé à l’extrême puisque les Street Artists se revendiquent souvent en marge des mouvements traditionnels. D’où mon interrogation sur la place que ce type de mouvement a pris dans les musées ; les limites entre genres sont finalement assez floues et peu définies. Mais cela est un tout autre débat.

L’explosion de couleurs

Maya Hayuk

Maya Hayuk

De la même manière que j’ai été touchée par la grandeur de ces œuvres, la palette de couleurs utilisée m’a vraiment impressionnée. En particulier l’œuvre de Maya Hayuk, à savoir une pièce dont les murs et fenêtres ont été recouverts de couleurs acidulées, le tout avec des diagonales de différentes épaisseurs qui donnent une dynamique particulière. Ce choix de couleurs « artificielles », qui ne correspondent pas vraiment à la palette qu’on est habitué à voir dans la nature, est pour Hayuk l’expression picturale la plus proche de ses émotions musicales. En-dehors de l’aspect synesthésique, j’ai été particulièrement marquée par cette pièce car la charge qu’elle contenait m’a fait pensé à l’exacerbation des sentiments (peut-être proche du sentiment religieux pour certains ?), à ce trop-plein d’émotions qu’on ressent parfois à un tel degré que ça en devient pratiquement indescriptible et impossible à contenir. L’artiste décrit elle-même son œuvre comme une sorte de chapelle ; une comparaison qui me touche particulièrement car en tant qu’athée, trouver un havre de paix qui soit en même temps dénué de jugement, plus malléable et plus flexible, n’est pas une simple affaire. J’en viens dès lors au concept abordé par le philosophe Alain De Botton, à savoir « l’Athéisme 2.0 », et l’idée selon laquelle nos musées pourraient en réalité devenir nos cathédrales. C’est un concept qui m’a toujours semblé très intéressant, mais le vivre moi-même a apporté une toute autre dimension à cette expérience.

 

La narration et l’intericonicité

Je pense ici particulièrement à l’œuvre de Faile, sorte de carrousel de l’étrange, du familier, du kitsch, bref du pur New-Yorkais. Certaines de leurs œuvres évoquent pour moi un retour au Pop Art à la Andy Warhol. Dans un style complètement différent des autres artistes exposés, on retrouvait ici un côté narratif très exploité avec une série de « vignettes » qui composaient les œuvres, à la manière d’une bande dessinée. Le fait de pouvoir aussi toucher l’œuvre rend l’expérience beaucoup plus enrichissante : elle nous rapproche à la fois des artistes, de nos propres expériences qu’on relie et identifie à l’œuvre, et des autres visiteurs qui eux-mêmes (peut-être) traversent les mêmes réflexions, interrogations, identifications par rapport à l’œuvre. En gros, elle nous sert de « connecteur universel », et n’est-ce pas finalement la plus belle fin qu’une œuvre puisse accomplir ?

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Faile

Le côté éphémère

En touche finale, le caractère éphémère de l’art urbain est probablement ce qui à la fois le définit le mieux et ce qui le rend le plus fragile.
Combien d’œuvres urbaines magnifiques ne voyons-nous pas recouvertes de graffitis disgracieux? Je me suis moi-même demandé ce que toutes ces œuvres allaient devenir après l’expo car bon nombre d’entre elles utilisent le musée directement comme support. Mais c’est aussi ce côté fragile, éphémère, furtif, qui ajoute au mystère et à la beauté de l’art urbain. Et peut-être est-ce justement là que se trouve la plus belle leçon de cette visite : la beauté se trouve aussi dans la fragilité.

 

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L’art, à quoi ça sert?

Ne vous arrive-t-il pas à vous aussi de vous demander si vous aviez vraiment bien fait d’écouter les nouvelles aujourd’hui ? Cette question, je me la pose très fréquemment, d’autant plus en cette période où nous sommes tous les jours confrontés à la triste constatation que l’homme est capable d’une violence inouïe envers ses semblables. Non, je n’ai pas envie de revenir sur ce qui s’est passé à Paris, à Verviers, au Nigeria, en Syrie. Il y a bien assez de gens qui s’occupent de cela et je ne tiens pas à retourner le couteau dans la plaie. Je me dis simplement que de tels évènements nous poussent inévitablement à remettre les choses en perspective, à reconsidérer notre place dans le monde.

J’ai passé une partie assez importante de ma vie à fréquenter le milieu artistique, ce qui m’a toujours poussée à défendre la place de l’art dans la société. Dans mon cas il m’a toujours servi d’exutoire, dans le sens qu’il m’a permis d’extérioriser mes émotions, qu’elles soient négatives ou positives. Je n’ai jamais été de ceux qui considèrent que l’art n’est accessible qu’à une partie privilégiée de la population ; je suis convaincue que nous sommes tous des individus créatifs, et qu’il est propre à chacun de trouver la voie qui lui permet d’exprimer ses émotions et sa vision du monde.

Pourquoi alors faire le lien entre l’art et les évènements qui marquent l’actualité ? Tout simplement parce que ça me désole de nous voir tous absorbés par tant de négativité. Je suis parfaitement consciente que pour certains, l’idée de venir parler du rôle de l’art tandis que des milliers de personnes se font massacrer frôle le ridicule. Chacun est libre de choisir le positionnement qu’il veut avoir par rapport à tout ça. Moi, j’ai choisi la voie qui me convient le mieux : extérioriser mes émotions.

emotional intelligence L’intelligence émotionnelle

La plupart des gens semblent concevoir l’art comme le résultat de la créativité. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que l’art a aussi quelque chose de transcendant : il peut être à la fois la source et le produit d’une impulsion créative. C’est dans ce sens que vont également les professeurs du Yale Center for Emotional Intelligence. Ils s’appuient sur la définition d’ « intelligence émotionnelle » (IE), formulée à l’origine par Daniel Goleman, célèbre psychologue américain et journaliste au New York Times. Cette définition s’articule autour de 5 piliers : la conscience de ses émotions, la capacité à la gérer, la motivation, l’empathie et les compétences sociales. Le centre de recherche de Yale cherche donc à valoriser la place de l’intelligence émotionnelle dans notre société, à laquelle on a trop souvent préféré les capacités cognitives et l’expertise technique. L’idée, selon eux, serait de stimuler l’intelligence émotionnelle et éveiller la créativité chez les individus à travers les arts. De nombreuses études ont été menées à ce sujet, qui prouvent que les individus dont l’IE est élevée disposent de nombreuses qualités qui les rendent efficaces dans leur travail : ils mènent brillamment des projets de collaboration, ils sont de bons leaders, ont une attitude qui leur permet de résoudre facilement des problèmes, et sont à l’aise dans les interactions sociales. Chez les enfants chez qui l’IE a été stimulé, on observe un intérêt accru pour l’apprentissage, une meilleure capacité de concentration et plus d’interactions avec les professeurs.

Une nouvelle approche de l’enseignement

Toutes ces constatations ont mené à la question suivante : comment promouvoir l’intelligence émotionnelle dans l’éducation ? Des professeurs de l’Université Johns-Hopkins (JHU) ont tenté de répondre à cette question dans un paper accessible via ce lien.

Leur théorie est que notre société a été très fortement influencée par la philosophie des Lumières, qui favorise les compétences cognitives au détriment des arts et des émotions. Ils poursuivent en disant que notre perception actuelle de l’art est trop étriquée, et ne comprend pas la notion de « eagerness for truths », autrement dit notre avidité de comprendre, qui s’exprime dans ce cas-ci à travers des systèmes de symboles.

Dès qu’un manque de moyens financiers se fait sentir, l’éducation (et en particulier l’éducation aux arts et le milieu artistique en général) sont les premiers à en subir les effets. L’idée des professeurs de la JHU est de démontrer que remettre l’art et la créativité au cœur des programmes scolaires est une entreprise peu coûteuse, et qui pourtant a des effets très bénéfiques. En allant ainsi à contre-courant d’une société basée sur la production, l’industrialisation et le bénéfice, ils comptent accroître le bien-être des étudiants et stimuler leur avidité de s’instruire et de créer.

L’art comme thérapieart therapy

Outre son application au niveau de l’éducation, l’art a aussi fait ses preuves dans le domaine médical. Ce que l’on appelle aujourd’hui l’ « art-thérapie » aide les individus à retrouver leur équilibre en exploitant au maximum leur capacité créative. Cette méthode s’utilise aussi bien en cas de dépression, qu’en cas de stress post-traumatique ou d’Alzheimer. J’ai également découvert qu’un centre d’oncologie en Suède a mené une enquête auprès d’une cinquantaine de femmes souffrant du cancer du sein, lesquelles ont pris part à plusieurs sessions d’art-thérapie. Les chercheurs ont ainsi pu établir un lien entre l’art-thérapie et la capacité à trouver les ressources nécessaires pour faire face à leur situation. Non seulement ces sessions leur ont permis d’accepter leur image corporelle et de réagir positivement par rapport à celle-ci, mais aussi de focaliser leur attention sur leurs pensées, leurs émotions, leur expérience personnelle, et non plus sur la maladie en tant que telle.

Un moyen et non plus une fin?

Bien entendu tout amateur d’art cherche à défendre la légitimité de l’objet de sa passion par les moyens dont il dispose. Si j’ai choisi tous ces exemples c’est aussi parce que je suis profondément convaincue des vertus thérapeutiques de l’art. J’ai longuement hésité entre des études de médecine et des études musicales, au grand étonnement de mon entourage. Pour moi ce n’était pas si différent, il s’agissait toujours de guérir les gens. L’idée que je cherche à défendre ici est que l’art ne consiste pas seulement à visiter des musées et des expos, à aller voir de temps en temps un bon concert. C’est aussi une source d’inspiration qui stimule les êtres créatifs que nous sommes. Alors est-ce que tout ça signifie considérer l’art comme un moyen et non pas comme une fin ? Peut-être que oui. Est-ce profondément illégitime d’adopter ce point de vue ? Pour certains peut-être, mais certainement pas pour moi. L’art, tel que je le vis, n’est pas élitiste et certainement pas discriminatoire. Alors si pour vous, comme pour moi, il vous permet de vous évader un peu de la misère du monde, je n’ai qu’un conseil à vous donner : exprimez-vous.

Sources:

http://education.jhu.edu/PD/newhorizons/strategies/topics/Arts%20in%20Education/The%20Center%20for%20Arts%20in%20the%20Basic%20Curriculum/oddleifson2.htm.

Emotional Intelligence, Creativity, and the Arts

Öster, Inger et alii. Art therapy improves coping resources: A randomized, controlled study among women with breast cancer. Palliative and Supportive Care, 2006, n°4, pp. 57–64.

Art, musique et génétique

Après un long silence, dû à une charge de travail assez importante ainsi qu’à, je l’avoue, une certaine paresse, je reviens vers vous pour aborder un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Je me suis toujours posé des questions sur l’origine des stéréotypes, selon lesquels les musiciens jouent différemment selon leurs origines. Malheureusement ces stéréotypes qu’on leur colle sont rarement positifs : les Français ont un jeu de machine à coudre, les Russes jouent comme des ours, les Asiatiques comme des robots. Et quand, « mystérieusement », l’un ou l’autre ne joue pas selon ces critères, on est surpris, on les acclame haut et fort, comme s’ils avaient accompli un exploit. Bien que cette interrogation m’ait toujours plus ou moins trotté dans la tête, je n’ai jamais vraiment pris le temps de creuser plus loin. Je vais donc tenter aujourd’hui de vous présenter le résultat de mes nombreuses lectures et de ma réflexion. Bien entendu, je suis tout à fait consciente que ce sujet n’est pas facile à traiter, et que je ne peux pas vous rendre de manière exhaustive, dans ce petit billet, l’intégralité des études que j’ai lues.

 Le concert de Mitsuko Uchida  

Qu’est-ce qui m’a poussé alors, tout à coup, à vouloir me pencher sur cette problématique ? C’est tout simple, un événement culturel : je me suis rendue au concert de Mitsuko Uchida le 16 octobre dernier. Je ne parlerai pas ici de sa performance, mais lors du concert, je me suis surprise à penser que si je fermais les yeux, je ne pourrais jamais « deviner » que l’interprète est asiatique. Je m’en suis voulu d’avoir pensé ça, d’autant que cette réflexion m’a vaguement rappelé celle d’un invité (que je ne nommerai pas) de la RTBF lors d’une session piano du Concours Reine Elisabeth. Il prétendait que les Asiatiques « n’avaient pas les gènes » pour jouer de la musique classique. Cette déclaration m’avait marquée, je trouvais ça choquant de presque délibérément priver toute une partie de la population mondiale du plaisir de pouvoir jouer un certain genre musical, sous prétexte que cela ne serait pas inscrit dans leur ADN.

Des préférences déterminées par nos gènes ?

Malgré cela, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il y avait certains traits communs dans l’interprétation de certains groupes ethniques. Cela m’arrivait de me tromper bien sûr, mais dans les grandes lignes je parvenais toujours à distinguer un jeu « des pays de l’est » d’un jeu « français » ou « asiatique ».

Quelques éléments scientifiques peuvent vaguement nous aider à trouver une piste, à savoir par exemple que selon leur provenance les individus ont des préférences sonores différentes : en effet, selon une étude qui a été menée afin de déterminer les préférences audio selon l’origine culturelle, les Américains préféreraient les basses, les Japonais les médiums et un volume plus élevé, les Allemands préfèreraient les sons plus clairs et brillants, et enfin les Britanniques auraient une préférence pour les sons graves et « secs ». Ces préférences seraient influencées par des facteurs culturels, ainsi que très probablement par la langue parlée dans la région concernée. Cependant on s’aperçoit très vite qu’une telle constatation est complètement insuffisante pour tirer des généralités à propos des choix musicaux des individus, ou de leur façon de jouer. Sans compter que les variations au niveau de ces choix ne dépendent pas uniquement de l’ethnie mais aussi du genre, de l’âge, du milieu socio-professionnel et j’en passe.

Une attitude face à la culture occidentale

Après avoir écarté définitivement « l’hypothèse des gènes » – une hypothèse qui me déplaît très fortement, je tiens à le préciser – je désire en revenir au domaine de la musique classique. On ne peut nier le fait qu’elle connaît un succès grandissant en Asie, particulièrement en Corée et en Chine, où l’on produit à tour de bras des petits prodiges du piano et du violon. S’il est vrai qu’à une certaine époque on pouvait leur reprocher leur jeu un peu robotique, force est de constater qu’ils sont désormais toujours classés parmi les premiers dans les concours internationaux. Mais à quoi est dû cet engouement ? Il y a déjà un facteur historique indéniable, à savoir que dans le contexte de la Révolution Culturelle, tous étaient privés de jouer à la fois la musique nationale et occidentale, et étaient envoyés dans des camps de rééducation. Cette longue période de « privation » peut expliquer leur vif intérêt pour la musique classique.

En ce qui concerne leur jeu, ce que je constate c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux à voyager pour se rendre dans les meilleures écoles de musique du monde. Et c’est justement là qu’on peut se rendre compte que le postulat selon lequel ils ne seraient pas « génétiquement programmés » pour comprendre Mozart ou Beethoven ne pourrait être plus loin de la vérité. Ils excellent dans ce qu’ils font, et la raison principale à cela est qu’ils possèdent en eux une éthique de travail et un sens de la discipline très développés. La génétique, on s’en doute, n’a donc rien à faire là-dedans. Pourtant, bon nombre de ces musiciens de l’Extrême-Orient ressentent un besoin de crédibilité et ont, encore aujourd’hui, beaucoup de difficultés à faire sauter les stéréotypes qui les touchent.

 Un rejet d’une culture pour affirmer son identité

Finalement, cet attrait pour la musique occidentale ne dérive-t-il pas du fait que, pendant (trop) longtemps, elle a affirmé sa suprématie culturelle sur le reste du monde ? La musique classique occidentale, n’est-ce pas au fond la recherche de la tonalité et l’opéra ? Il est vrai que ce sont probablement les éléments principaux qui la distinguent du reste, mais la musique classique est aussi pour beaucoup de gens (également en Occident !) un symbole de modernité et de la classe moyenne.

Louis Armstrong

Louis Armstrong

Tous n’ont pas adopté l’attitude des Asiatiques face à la culture occidentale. La communauté afro-américaine aux USA est un parfait exemple de cela : en-dehors de quelques chanteurs lyriques en musique classique, la plupart des Afro-Américains ont affirmé leur identité dans des styles qui leur sont propres (Jazz, Blues, R&B, Hip Hop, etc.). En effet, qu’est-ce que la musique sinon un moyen de se créer une identification et d’offrir une expérience d’identité collective ?

Cela peut évidemment s’étendre à toute autre forme artistique, mais l’idée est que, bien souvent, nos goûts et nos préférences expriment une appartenance sociale.

Bien sûr, la tendance actuelle penche fortement vers la diversité musicale, tant au niveau des préférences des individus, qu’au niveau des influences musicales qui donnent naissance à de nouveaux genres. De plus, grâce aux moyens de communication dont nous disposons maintenant, il nous est plus facile d’avoir accès à des genres qui nous étaient inconnus ou inaccessibles auparavant.

En bref

Je reste très sceptique à l’idée de mêler les préférences ou les compétences musicales à un certain groupe ethnique. Bien sûr il existe des divergences qui sont indéniables, qui ont été forgées par des siècles d’histoire culturelle et artistique. De plus, comme je l’ai dit plus haut, la musique sert souvent à s’identifier à un certain groupe, une attitude d’autant plus répandue chez les adolescents et jeunes adultes. Cependant, le sentiment que j’ai, c’est que la musique va au-delà de ces frontières. Il n’est pas tellement question pour moi de tel groupe ethnique, de telle classe sociale, de tel niveau d’études, de telle tranche d’âge. Il s’agit plutôt d’une sensibilité individuelle, qui fait que tout à coup une émotion naît quand on écoute un morceau, et de cette même émotion peut parfois découler l’envie de devenir musicien et de faire de sa passion sa vie.

Sources:

http://prezi.com/lroalk_vccuj/how-culture-gender-and-age-affect-music-preference-notes/

http://www.jstor.org/discover/10.2307/40318978?uid=3737592&uid=2&uid=4&sid=21105152708263

http://www.temple.edu/tempress/titles/1776_reg.html

G.D. Nelson, The validity of social stereotypes associated with aesthetic preferences in music, 16 mai 2007.

C.G. White, The Effects of Class, Age, Gender and Race on Musical Preferences, 5 septembre 2001.

J.J. Leppänen, The unspoken pressure of tradition: Representations of East Asian Classical Musicians in Western Classical Music, printemps 2013.

Bruxelles, capitale du surréalisme administratif

Le 30 août dernier, je me suis rendue à une conférence organisée dans le cadre de BCF alias «Brussels Creative Forum». Je ne savais pas exactement dans quoi je m’embarquais, mais le slogan – now it’s time for culture – m’avais tapé dans l’œil, je savais que ma place était là-bas. Quelques jours plus tôt, j’avais parcouru la liste des activités et m’étais arrêtée sur celle proposée par Paul Vermeylen : « Un pari pour Bruxelles : faire émerger une Europe des cultures ».

Bruxelles

Rue du Marché aux Fromages, Bruxelles

Du coup, j’y suis allée, armée de mon bloc-notes. Autour de moi, des personnes de tous âges, de tous horizons, de différents milieux socio-professionnels. Bref, l’expérience promettait d’être enrichissante. Elle l’a certainement été, mais elle a également suscité en moi plus de questions qu’elle ne m’a apporté de réponses. En effet, c’est précisément au moment où on en est venu à discuter des atouts de notre charmante capitale, et des différents scénarios possibles pour son avenir, que les Romains s’empoignèrent. La discussion a commencé à se développer tout azimut, chacun se cramponnant à son point de vue. Pour certains, Bruxelles était synonyme de cosmopolitisme et de multiculturalisme, tandis que pour d’autres il était essentiel de mettre en avant son background géo-historique. Dès lors, comment aider Bruxelles à se distinguer par rapport aux autres capitales européennes, quand elle semble être le lieu de toutes les tensions et de tous les désaccords ?

Les atouts de Bruxelles

Le cinquantenaire

Le cinquantenaire

Mon parcours et mes multiples voyages ont fait que j’ai souvent été en contact avec des étrangers, et certains d’entre eux avaient eu l’opportunité de visiter Bruxelles. Lorsque je leur demandais leur opinion sur notre capitale, tous me répondaient unanimement : « Bruxelles, c’est tellement international ! ». En effet, pour la majorité d’entre nous, le top-of-mind de Bruxelles est clairement le mix de cultures, et cela se confirme par les chiffres : 30% de la population bruxelloise est étrangère. Mais qu’en est-il alors de l’avis des Bruxellois « de souche » ? Il est vrai que l’identité Bruxelloise n’est pas très affirmée, elle résulte elle-même d’un contact entre milieux francophone et néerlandophone. Néanmoins, on ne peut nier à Bruxelles son statut particulier, son côté charmant et pittoresque qui en fait une capitale pas comme les autres. Dès lors, les Bruxellois doivent-ils laisser leur ville être envahie par des cultures extérieures, et du coup se battre pour préserver ses racines historiques ? Ou bien doivent-ils accepter l’évolution plus « naturelle » des choses, à savoir que Bruxelles, étant déjà le siège des institutions européennes, pourrait devenir le carrefour d’une multiplicité de cultures, au détriment de celle qui lui est propre ? Personnellement, je ne pense pas que le côté belgo-belge de Bruxelles sera si vite mis en danger. Comme je l’ai dit précédemment, Bruxelles, d’un point de vue historico-géographique, est elle-même le pur produit d’un mix de cultures, à savoir le contact entre une culture plus latine et une autre plus germanique. Dès lors, à moins qu’on ne fasse concrètement table rase du passé comme cela a pu être le cas lors de la bruxellisation, je doute très fortement que l’arrivée des institutions et leur développement effacent d’un revers de main toute l’essence de Bruxelles.

Le city-marketing et la question du financement

Façade Tintin

Rue de l’Etuve, fresque murale Tintin.

Du coup, il ne semble pas y avoir d’objection majeure à l’ouverture de Bruxelles vers l’extérieur, et de ce fait, le scénario le plus approprié pour notre capitale est probablement de cultiver ce multiculturalisme qui la compose et d’augmenter son attractivité vis-à-vis de l’extérieur. De cette manière, on peut espérer lui donner une plus-value qui l’aidera à se distinguer, à se différencier par rapport aux autres capitales européennes.

Parler de city-marketing ou de marque d’une ville est devenu de plus en plus tendance. Les débats et conférences sur la question regorgent d’idées plus innovantes les unes que les autres pour accroître l’attractivité des territoires, mais dès qu’il est question de financement et d’aspect économique toutes les portes se ferment. J’ai déjà assisté à plusieurs conférences qui avaient trait à l’offre culturelle de Bruxelles et aux ICC, et combien de fois n’ai-je pas été ébahie de voir les conférenciers littéralement survoler l’aspect financier. Je ne cherche pas ici à faire l’apologie du PIB et du retour sur investissement, loin de là, mais il ne faut pas se leurrer : bien souvent, les chiffres, eux aussi, parlent mieux qu’un long discours. Sans compter que Bruxelles se trouve face à un dilemme : elle tente tant bien que mal de se rendre attractive pour stimuler le tourisme et encourager les investisseurs étrangers, mais elle ne peut toutefois nier les groupes sociaux plus fragiles et qui sont marginalisés, justement parce que cette offre culturelle leur est hors de portée.

En bref

L’offre culturelle devrait donc, idéalement, s’adresser à un public très large, à toutes les catégories de la population bruxelloise. Mais cela est-il vraiment réalisable, quand on sait que Bruxelles est sujette à des tensions dues au bilinguisme français-flamand, que les compétences culturelles sont segmentées, que les multiples projets culturels sont dispersés sur les 19 communes qui la composent et que les procédures administratives sont souvent plus que décourageantes ? Finalement, le problème de Bruxelles n’est-il pas qu’elle continue de se penser comme une région, et non pas comme une ville ? Un élément-clé pour notre capitale serait de surmonter ses tensions internes qui la paralysent, de s’ouvrir vers l’extérieur tout en proposant des activités auxquelles tout un chacun puisse participer. Pour que Bruxelles devienne une ville créative, il faut donc que tous les évènements et projets culturels soient inscrits dans une seule et même stratégie, et cela afin d’obtenir plus de cohérence. Enfin en ce qui concerne le financement, je crois fermement que le débat sera résolu le jour où l’on aura compris que culture peut rimer avec économie, et qu’elle contribue très fort au bien-être de la population. Bruxelles comme ville créative, c’est un travail en chantier, et il reste encore énormément à faire. Toutefois, j’ose dire que le défi ne me semble pas impossible à relever pour une ville qui a été l’un des foyers du surréalisme belge…

Sources:

Conférence BCF2014 le 30/08/2014 « Un pari pour Bruxelles: faire émerger une Europe des cultures », par Paul Vermeylen.

http://www.centresculturelsbruxellois.be/

http://www.platformkanal.be

Le roman-feuilleton et les quotidiens: une amitié renouvelée?

kioskeTout le monde a déjà entendu parler de ce genre littéraire, né au 17ème siècle et particulièrement affectionné à l’époque victorienne, à savoir le roman feuilleton. Genre romanesque qui, déjà à son apparition, s’inscrivait parfaitement dans le flux de la modernité, le roman-feuilleton a suscité diverses réactions, des plus vives critiques jusqu’aux plus grandes éloges. En effet, sa publication épisodique dans les journaux obligeait les auteurs à écrire dans l’urgence, et à maintenir l’intérêt des lecteurs, au risque parfois de tomber dans un sensationnalisme de mauvais goût. Mais aujourd’hui, à l’ère de Facebook, Twitter, et autres formes courtes de communication, le roman-feuilleton ne pourrait-il pas se faire une petite place ?

Les grands noms du feuilleton

Le roman feuilleton, ou serial comme le dénomment les Anglo-Saxons, a souvent été associé à une forme de littérature industrielle, de « malbouffe » littéraire. Le premier but recherché était de stimuler le lectorat afin d’augmenter les ventes de journaux. Il fallait donc plaire facilement à un public le plus large possible. Or, la source de cette critique n’est-elle pas, au fond, une confusion entre contenu et forme ?

romans-feuilletonsLes plus grandes plumes sont passées par ce format de publication, à commencer par Daniel Defoe au 17ème siècle, suivi beaucoup plus tard par Charles Dickens. En France, Dumas père, Balzac et Eugène Sue ont été feuilletonistes à leurs heures. Enfin, des chefs-d’œuvres de la littérature russe sont également parus de manière épisodique, c’est le cas de Anna Karénine, ou encore de Crime et Châtiment.

Peut-on alors réellement parler d’une perte de qualité due au conditionnement qu’impose la forme ? Je pense que non, et si le Dostoïevski du 21ème siècle offrait à lire ses contenus dans les quotidiens, je les achèterais certainement plus souvent.

Quel sens cela a-t-il aujourd’hui ?

Finalement, le problème principal est de savoir à qui s’adresser. Car aujourd’hui, qui lit régulièrement le journal ? Internet nous a simplifié la vie en nous donnant accès à toute l’information, en tout temps et presque toujours gratuitement, précipitant ainsi la crise des médias. Le public devient difficile à capter, il va directement à l’essentiel en ne lisant que les rubriques ou articles qui l’intéressent. C’est un problème indéniable, auquel je n’ai très honnêtement pas de réponse, mais je pense que le jeu en vaut la chandelle. Certes l’idée de redonner vie aux feuilletons s’apparente à une utopie, mais je pense qu’aujourd’hui, stimuler les ventes des journaux et permettre aux médias de se financer autrement que par la publicité est essentiel. De fait, s’il n’y a pas de lecteurs, il n’y a pas de croissance, pas d’argent, pas de journalisme d’investigation. L’information nous donne accès à une compréhension du monde dans lequel nous vivons, or si nous laissons nos médias dépérir c’est justement la qualité de l’info qui en paiera le prix. Ainsi, réintégrer des épisodes de romans dans les quotidiens pourrait augmenter le nombre de lecteurs, tout en promouvant des auteurs locaux et talentueux.

Five Chapters, DailyLit, exfictions

Tels sont les noms de quelques sites qui aspirent à donner un second souffle au roman-feuilleton. Ils proposent de publier une nouvelle par semaine (Five Chapters), de lire des romans par petites parties envoyées sur votre adresse mail (DailyLit), ou simplement de donner accès à une littérature numérique et épisodique, produite par des auteurs peu connus (exfictions). Ces entreprises ne sont qu’à leurs débuts, il est donc difficile de juger de l’impact et du succès qu’elles ont auprès des utilisateurs du Web. Le jour où l’on pourra prouver de manière manifeste que les webséries suscitent l’intérêt du public et ont un avenir viable, alors peut-être pourrons-nous envisager de redorer le blason du roman-feuilleton et de l’intégrer dans nos quotidiens.

livres et ebooksEn bref

Dans un monde dominé par le numérique, par la (sur-)consommation de séries, par la brièveté des messages, le roman-feuilleton semble trouver sa place. Il pourrait permettre à de nombreux quotidiens de sortir la tête hors de l’eau, et par la même occasion ferait connaître une série d’auteurs contemporains qui ne demandent pas mieux que d’être lus. Mais la presse pourrait-elle prendre le risque d’imposer ce modèle, sans même savoir si cela correspond aux attentes de son lectorat ? A vous de me le dire.

 

Sources:

Gillet Michel. Machines de romans feuilletons. Romantisme, 1983, n°41. pp. 79-90

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_1983_num_13_41_4656

http://www.brown.edu/Research/Equinoxes/journal/Issue%207/eqx7_deviveiros.html

http://fictionwritersreview.com/shoptalk/serial-fiction/

http://www.arte.tv/guide/fr/048392-000/presse-vers-un-monde-sans-papier

Une chaîne européenne du divertissement

Dans une Europe où créer des liens forts entre les différents pays-membres est un combat quotidien, la culture pourrait s’avérer être la « glue » qui nous unit tous. J’ai évoqué précédemment l’idée d’une chaîne européenne du divertissement, aujourd’hui je prends le temps de sonder le terrain. La création d’une nouvelle chaîne télévisée européenne, est-ce réellement concevable ? Quel est le public visé ? Est-ce une solution adaptée à la demande du plus grand nombre ? Quelques pistes de réflexion et des tentatives de réponse…

Les chaînes déjà existantes

euronewsOn ne peut évidemment pas parler d’Europe et d’audiovisuel, sans immédiatement penser à Euronews. Avec une audience s’élevant à 3,6%, un contenu disponible en 13 langues, un site internet bien agencé, la chaîne européenne peut se targuer de rivaliser – en Europe – avec les très connues CNN et BBC, qui elles ne sont disponibles qu’en anglais. En gros, on ne peut que saluer cette entreprise qui tend vers la promotion du multiculturalisme et du plurilinguisme. Mais si Euronews cherche à atteindre un public assez large en traduisant ses contenus, elle reste une chaîne d’information, et est peu diversifiée.

Une autre chaîne, presque unanimement reconnue pour la qualité de ses contenus, et qui se rapproche déjà un peu plus de mon idée de la chaîne du divertissement : Arte. Arte TV ChannelArte, c’est LA chaîne culturelle par excellence. Sa création découle d’un projet soutenu par le Président François Mitterrand et le Chancelier Helmut Kohl lors du Sommet franco-allemand de Bonn, à savoir l’idée de la création d’une chaîne adressée à un public double. La chaîne franco-allemande s’engage également dans des partenariats avec de nombreuses chaînes étrangères, ce qui nous permet d’avoir accès à certains films ou documentaires étrangers. Si Arte peut se vanter d’être un service public audiovisuel de qualité, elle n’a cependant pas un impact sur un public très large ; en effet, elle exige un public d’un certain niveau socio-culturel. De plus, les programmes sont traduits/doublés soit en allemand, soit en français, ce qui limite l’accès à un public qui ne parle aucune de ces deux langues. En 2013, Arte a réussi à grimper à 2% au niveau des parts d’audience en France, ce qui signifie une progression de 33% en 2 ans. Certes cela n’est pas négligeable, et on ne peut qu’encourager la chaîne franco-allemande dans cette direction, c’est-à-dire de continuer à nous fournir de si bons contenus et à exploiter les différentes plateformes qui sont à sa disposition (télévision de rattrapage, Arte Live Web, etc.). Mais 2% de l’audience, ça reste très peu, si on compare par exemple à la moyenne de 14,96% que La Une a maintenue entre 2002 et 2011 en Belgique.

L’ère de la culture participative

Why don't you just switch off the television set?Finalement, on peut se demander si la création d’une chaîne est réellement la solution optimale, si on tient compte du coût que cela représente, et surtout, du public visé. C’est bien la jeune génération qui crée l’Europe, et qui par conséquent serait le public cible. Or, de plus en plus de jeunes (et de moins jeunes) choisissent de visionner, sur Internet, les contenus de leur choix, au moment où ils le souhaitent, ce donne lieu à un public de plus en plus fragmenté et difficile à capter.

De plus, la tendance va largement dans le sens de la culture participative ; le public, et plus particulièrement les 18-24 ans, visionne des vidéos dans le but de chercher de l’information, de se divertir, ou encore de favoriser des interactions sociales. Des plateformes telles que Youtube sont devenues de véritables environnements sociaux, dans lesquels chacun et chacune peut être à la fois consommateur et fournisseur de contenu.

Les utilisateurs sont amenés à partager leurs opinions, à commenter, à diffuser. Il faut donc impérativement répondre à ce besoin du public d’interactivité et de connectivité sociale, et ne plus chercher à leur imposer un programme TV rigide.

MUBI.com – une cinémathèque en ligne

MUBI Europe va dans ce sens, en mettant à la disposition des utilisateurs d’Internet une cinémathèque en ligne, avec un grand choix de films de bonne qualité. Le site est ergonomique, esthétique et simple à utiliser, et propose un double tarif : par mois ou par film, à condition de le visionner endéans les 7 jours. Cette entreprise est soutenue par le programme MEDIA de l’Union Européenne, qui fournit également des aides financières à de nombreux projets ayant trait à la culture audiovisuelle.

Le site a bénéficié d’un essor fulgurant depuis 2007 et offre des films de qualité à petit prix (4,99€/mois), cependant son fondateur – Efe Cakarel – a pris le risque de viser un public de niche, en ne proposant que du cinéma d’auteur. On se retrouve donc, encore une fois, face à une offre qui ne vise pas le plus grand nombre.

En bref

Des tentatives diverses ont été entreprises afin de rassembler la population européenne devant le téléviseur, mais elles tendent toutes à répondre aux besoins d’un public spécifique et pas forcément aux attentes de tous. La création d’une chaîne européenne du divertissement semble être une proposition alléchante au premier abord, mais elle ne tient pas compte des tendances comportementales qui marquent notre génération. Pour qu’un tel dispositif fonctionne, il doit s’insérer dans le flux du numérique et du participatif. L’idéal serait donc de pouvoir avoir accès à une plateforme qui combinerait l’aspect participatif de Youtube et l’esthétisme de MUBI, tout en ayant à notre disposition des contenus plus « ouverts », allant au-delà du cinéma d’art et d’essai, et de l’information en continu.

Sources:

Arte. Communication de presse du 30/12/2013. http://pro.arte.tv/2013/12/2013-arte-poursuit-sa-progression-avec-33-daudience-en-2-ans/

CIM Centre d’Information sur les Médias. http://www.cim.be/fr

Haridakis et Hanson. « Social Interaction and Co-Viewing With YouTube: Blending Mass Communication Reception and Social Connection » Journal of Broadcasting & Electronic Media (2009) 53: 317-335.

Le Figaro. « Euronews est la deuxième chaîne d’info au monde sur Youtube ». http://www.lefigaro.fr/medias/2013/11/03/20004-20131103ARTFIG00183-euronews-est-la-deuxieme-chaine-d-info-au-monde-sur-youtube.php

MUBI: Regardez et découvrez le Cinéma. http//www.mubi.com

Union européenne (2013). Comprendre l’Union européenne: culture et audiovisuel. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 12 p.

 

 

 

 

Une identité européenne?

Commission européenne

En élargissant ses frontières et en incluant des cultures de plus en plus diverses, l’Europe a vu poindre à l’horizon une question incontournable : comment promouvoir l’identité européenne ? S’il est vrai que l’expansion territoriale de l’Europe lui permettrait de faire face aux géants de l’économie mondiale, la menace de la montée des nationalismes n’est jamais bien loin. Dès lors, la question se pose de savoir comment faire parler l’Europe d’une seule voix, tout en promouvant la diversité et en maintenant les cultures individuelles.

Promouvoir la culture

Il est donc plutôt question ici d’une promotion des cultures européennes que de chercher à créer une nouvelle culture, à laquelle chaque citoyen devrait s’astreindre au détriment de sa propre identité. En effet, être citoyen de l’Europe, n’est-ce pas finalement vivre dans l’acceptation d’autrui, tisser des liens de sorte que chacun puisse bénéficier d’un enrichissement culturel et personnel ? Favoriser les contacts et les échanges, telle semble être la solution à adopter pour renforcer la cohésion au sein de l’Europe.

Bon nombre d’initiatives ont été prises dans cette direction, c’est le cas des échanges Erasmus, ou de la désignation annuelle d’une capitale européenne de la culture. Mais il existe encore de nombreuses actions entreprises au niveau de la Commission européenne et qui, malheureusement, restent méconnues du grand public. C’est le cas, par exemple, du programme Europe créative, présenté par la Commission en 2011, et qui a pour ambition de « donner le coup de pouce nécessaire aux secteurs de la culture et de la création ».

Une communication plus efficace

Si nous désirons que des programmes aussi prometteurs que Europe créative sortent de l’ombre, il va de soi que la Commission européenne doit impérativement améliorer sa communication et viser un public beaucoup plus large. De fait, l’information n’est pas toujours disponible dans toutes les langues, et est difficilement accessible. Or, il faut à tout prix éviter de tomber dans une promotion de la culture par et pour l’élite afin que tout un chacun puisse participer, s’enrichir, et s’identifier à ce croisement de cultures européennes.

Un bon stimulant pour l’économieEuro Note Currency

La communication ne s’arrête pas non plus à une simple diffusion des messages concernant les évènements culturels à venir. Le public perçoit souvent le domaine de la culture comme un luxe dont on pourrait se passer. C’est là que la communication doit entrer en jeu pour lever les doutes sur l’aspect financier et dissiper la méfiance des citoyens vis-à-vis des secteurs de la culture, de l’audiovisuel et de la création. Selon une brochure par la Commission européenne, « les secteurs de la culture et de la création contribuent à la croissance économique, à l’emploi, à l’innovation et à la cohésion sociale ». Ces mêmes secteurs représenteraient 4,5% du PIB et 3,8% de la main-d’œuvre de l’UE.

Une chaîne européenne du divertissement ?

Qu’en est-il alors de l’audiovisuel ? Mis à part la très connue Euronews, à laquelle on reproche parfois de donner une version édulcorée de l’actualité, les citoyens européens restent un peu sur leur faim. Ne serait-il pas temps de mettre à la disposition du grand public, une chaîne européenne du divertissement ? La question reste ouverte, et la tâche ne serait certainement pas aisée, car comment atteindre aujourd’hui un public de plus en plus fragmenté, qui évolue dans un monde où les modes de diffusion se multiplient ? De plus, le problème de la langue persiste, certains ne jurent que par les doublages, d’autres penchent plus vers le multilinguisme et les versions sous-titrées, d’autres encore voient l’anglais comme l’esperanto du 21ème siècle. En somme, de nombreuses voies s’ouvrent au secteur audiovisuel, le tout est de savoir quelles sont les décisions à prendre pour savoir laquelle emprunter.

En bref

Les secteurs de la culture et de la création donnent l’espoir de renforcer les liens entre pays membres de l’UE, car ils permettent aux citoyens d’élargir leurs horizons et de se familiariser avec des sphères qui leur sont inconnues, le tout en conservant leur identité individuelle. C’est par une participation active aux évènements culturels et en attisant la curiosité de chaque individu qu’on peut aspirer à une Europe plus unie. Il reste encore beaucoup à faire avant d’y parvenir, certes, mais j’ose espérer qu’avec une meilleure communication on parviendra, à l’avenir, à favoriser ces secteurs et à gagner la confiance du public. Après tout, Rome, non plus, ne s’est pas bâtie en un jour.

Sources:

Union européenne (2013). Comprendre l’Union européenne: culture et audiovisuel. Luxembourg: Office des publications de l’Union européenne, 12 p.